Texte original dans Solidaire de 27/05/2001
Rédaction de cette page-web: Lieven Soete, Brussels, Belgium 
Update: 06/12/2002 | 20-02-2008
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  L'Union soviétique dans la Deuxième Guerre mondiale
Partie 4
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  4. Le 22 juin 1941, l'impérialisme nazi déclenchait «L'opération Barbarossa», la guerre de destruction contre l'Union soviétique

Lieven Soete



Contenu
  • 80% des pertes allemandes sont le fait de l'Armée rouge et des partisans
  • «La lutte contre le bolchevisme mondial est le but principal de la politique allemande» [Goebbels]
  • «La défense de la culture européenne contre le raz-de-marée asiato-moscovite»[Général Hoepner]

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  • Pourquoi les Soviets ont-ils battu les fascistes?
  • Plans quinquennaux et préparatifs de guerre
  • Des chars au lieu de tracteurs
  • Dimitri Chostakovitch et les milices populaires
  • «Les Tchabaroviakssont là!»

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  • Est-ce qu'il y a des révélations importantes après l'implosion du système soviétique?
  • Je m'appelle Zinaïda Tsarjowa



  • Le 22 juin 1941, à 3 heures du matin, 5,5 millions de soldats allemands, italiens, hongrois, roumains et finlandais entament le plat de consistance du programme nazi: la destruction de l'Union soviétique. Sur une ligne de front de plus de 3.000 kilomètres, 2,9 millions de soldats soviétiques défendent leur patrie. Au début, ils doivent se replier mais, devant Moscou et Leningrad, les assaillants sont bloqués et même repoussés. Pour la première fois, il apparaît que ces machines de guerre fascistes peuvent subir des revers. Au cours de l'hiver 1942-43, du côté de Stalingrad, la guerre bascule définitivement. Les soldats soviétiques vont désormais pourchasser les nazis jusque dans leurs repaires, Berlin et Vienne.
    Les dates dans cette marge à gauche font un lien vers: «Synchronisch overzicht van de belangrijkste gebeurtenissen binnen de CPSU(b), in de Sovjetunie en in de omringende landen» [en néerlandais] par Lieven Soete    
     
     

    L'Opération Barbarossa et la guerre antifasciste en Union soviétique
    »»» Carte
      80% des pertes allemandes sont le fait de l'Armée rouge et des partisans

    En mars 1938, Hitler annexe l'Autriche. D'octobre 1938 à mars 1939, il fait pareil avec la Tchécoslovaquie. En septembre 1939, la Pologne est piétinée et, en mai 1940, c'est au tour de la Scandinavie et de l'Europe occidentale de subir le même sort. Ces étapes sont nécessaires pour atteindre l'objectif final: rayer le bolchevisme de la carte et de l'histoire, exterminer les peuples slaves ou les ramener en esclavage et, pour les peuples allemands et 'germaniques', conquérir l'espace vital (le fameux Lebensraum) nécessaire de façon à coloniser l'Europe de l'Est jusqu'à l'Oural. 
        Afin de pouvoir mener à bien cette mission 'historique', l'Allemagne doit d'abord être assainie de tout ce qu'elle considère comme une encombrante vermine: communistes, syndicalistes, juifs, tsiganes, homosexuels, handicapés. 

    Dans cette guerre barbare, trois piliers du programme nazi, l'anticommunisme, l'antislavisme et l'antisémitisme se résument à un simple mot d'ordre: à mort! E
        Et ils ne vont pas faire les choses à moitié: entre 25 et 30 millions de Soviétiques -- 14,1% de la population, 27% de la population professionnelle -- perdront la vie
    > De 16 à 18 millions meurent en dehors de la violence guerrière 'normale' (combats et bombardements): 

    • au moins 3,5 millions de prisonniers de guerre soviétiques meurent de faim et d'épuisement dans les camps allemands;
    • de 4 à 5 millions de citoyens soviétiques -- dont environ 1 million de juifs -- sont tués dans diverses formes d'exécutions massives, représailles, 'ghettoïsation' et gazage dans les camps d'extermination;
    • de 8 à 10 millions de citoyens soviétiques meurent de la famine, du froid et d'épuisement en raison des blocus, de la destruction des récoltes, de l'empoisonnement des sources d'eau, des incendies de leurs habitations
    > Entre 7 et 8 millions de soldats soviétiques perdent la vie, parmi lesquels plus d'un million hors des frontières soviétiques, pour libérer l'Europe de l'Est et l'Europe centrale des hordes nazies: 
    • 600.000 en Pologne,
    • 69.000 en Roumanie,
    • 8.000 en participant à la libération de la Yougoslavie,
    • plus de 140.000 pour libérer la Tchécoslovaquie,
    • 26.000 pour venir à bout des fascistes en Autriche
    • et 102.000 encore dans la seule bataille pour Berlin. (1)
    Du 22 juin 1941 et le 9 mai 1945 - soit près de quatre années ou 1.418 jours - en moyenne 17.000 soldats et civils soviétiques sont mort chaque jour.

    Après quelques mois épouvantables de repli soviétique, les troupes fascistes sont enfin arrêtées devant Leningrad et Moscou. A partir de décembre 1941, l'Armée rouge et les partisans peuvent passer à la contre-attaque. Ils obtiennent des victoires décisives au printemps 1943 à proximité de Stalingrad, dans le Caucase et près de Koursk. Ville après ville, rue après rue, l'Armée rouge repousse et anéantit les fascistes jusqu'au coeur de Berlin et de Vienne. 
     

    80% des pertes allemandes sont le fait de l'Armée rouge et des partisans.

    L'enjeu, le caractère et l'ampleur de la Seconde Guerre nous obligent à nous rappeler qu'il s'agissait en tout premier lieu d'une guerre de destruction du capitalisme fasciste contre l'Union soviétique socialiste. Que le peuple soviétique, sous la direction des bolcheviks et de Joseph Staline, s'est taillé la part du lion dans la libération de l'Europe de la barbarie fasciste.(1).



    Sources: Atlas zur Geschichte, Band 2, Gotha (DDR), 1981 / V. Koulikov, «L'Aide internationaliste accordée aux peuples d'Europe», in Histoire de l'U.R.S.S.: Nouvelles Recherches, n° 4, Moscou, 1985.
     
     

    Le croisade nazi contre le bolchewisme
    »»» Illustration
      «La lutte contre le bolchevisme mondial est le but principal de la politique allemande» [Goebbels] 

    Le 31 décembre 1937, le ministère nazi de la Propagande diffuse la directive suivante: 

    «La lutte contre le bolchevisme mondial est le but principal de la politique allemande. La tâche principale de la propagande national-socialiste est de l'expliquer. Pendant les années qui ont suivi l'effondrement en 1918 jusqu'à la prise du pouvoir par le national-socialisme, le communisme dirigé par les juifs était l'ennemi déterminé du mouvement national-socialiste et de la renaissance du peuple allemand. Dans un lutte impitoyable, le national-socialisme a vaincu et écrasé définitivement cet ennemi en Allemagne. Après la prise du pouvoir, le bolchevisme est devenu au niveau mondial l'ennemi mortel du Peuple Allemand. Le combat contre le communisme que nous avons mené en Allemagne jusqu'en 1933, nous devons le mener après 1933 contre le bolchevisme mondial. A la propagande incombe la tâche de montrer au Peuple Allemand que le bolchevisme est son ennemi mortel et de montrer au monde qu'il est l'ennemi de tous les peuples et de toutes les nations et qu'il est dès lors l'ennemi mondial. Heil Hitler!» (1) 
    Signé: Goebbels, chef de propagande national du NSDAP.
    L'offensive finale contre l'ennemi mortel du nazisme a commencé en 1941 par l'opération Barbarossa. Mais deux années plus tard il y a 50 ans aujourd'hui l'Armée Rouge et les partisans obtiennent à Stalingrad une victoire décisive contre les nazis. Ce fut le tournant de la deuxième guerre mondiale. 

    Le 3 mars 1941, dans le cadre de l'Opération Barbarossa (nom codé de l'attaque contre l'Union soviétique préparée pour le 22 juin 1941), Hitler décrète l'ordre suivant: 

    «Le caractère que présente notre guerre contre la Russie est tel qu'il doit exclure les formes chevaleresques. Il s'agit d'une lutte entre deux idéologies, entre deux conceptions raciales. Il importe donc de la mener avec une rigueur sans précédent et implacable. Tous, vous allez devoir vous libérer de vos scrupules périmés. L'idéologie soviétique est aux antipodes de celle qui régit le national-socialisme. Par conséquent, les Soviets doivent être liquidés. Les soldats allemands coupables de contrevenir aux lois internationales de la guerre seront innocentés.»(2)
     
     

      «La défense de la culture européenne contre le raz-de-marée asiato-moscovite»

    On ramène souvent les atrocités nazies au génocide contre les juifs, déjà suffisamment monstrueux en soi. On cherche à expliquer ces choses à partir des esprits dérangés de quelques gros pontes nazis. Ce faisant, on évite de parler de l'essence même du fascisme et du nazisme: ils étaient des produits et des formes tangibles de l'impérialisme et du principe si encensé du libre marché. Cette loi du plus fort mène au meurtre et, s'il le faut, au massacre. Que le massacre de peuples entiers mis en chantier pour le compte de l'impérialisme n'est pas un excès d'esprits SS malades, nous avons tout le loisir de le voir aujourd'hui en Irak, au Rwanda et au Congo. 

    Durant la guerre à l'Est, le mot d'ordre «Tuez-en le plus possible!» a été activement défendu et mis en pratique par à peu près tous les responsables militaires et civils 'normaux'. La citation suivante le prouve. Elle vient du général allemand Hoepner, qui faisait partie de l'opposition antinazie au sein de la Wehrmacht. En 1944, il a été pendu en raison de sa collaboration à l'attentat manqué contre Hitler, le 20 juillet 1944. 
        Le 2 mai 1941, il écrit, dans une note de préparation à l'Opération Barbarosa

    «La guerre contre la Russie est un chapitre important dans la lutte pour l'existence de la nation allemande. C'est le vieux combat des peuples germaniques contre les Slaves, la défense de la culture européenne contre le raz-de-marée asiato-moscovite, la lutte pour repousser le bolchevisme juif. L'objectif de cette bataille doit être la destruction de la Russie actuelle et il faut la conduire avec une dureté sans précédent. Toute opération militaire doit être planifiée et exécutée avec une volonté de fer afin d'exterminer totalement et impitoyablement l'ennemi. En particulier aucun partisan du système russo-bolchevique ne doit être épargné.» (2)

    (2). Jürgen Förster, «La campagne de Russie et la radicalisation de la guerre: stratégie et assassinats de masse», in La politique nazie d'extermination, Paris, 1989, p.180.
     
     

      Pourquoi les Soviets ont-ils battu les fascistes?

    Après Stalingrad, les fascistes allaient se décarcasser pour mitonner toutes sortes d'explications à leur défaite. «Le caractère imprévisible de l'hiver russe» ? comme si en Russie, l'hiver venait à un autre moment qu'ailleurs. «L'exceptionnel et énorme patriotisme des Russes» ? comme si les Français étaient en reste, sur ce plan et que l'Union soviétique, avec ses dizaines de nationalités, n'était pas une mosaïque malaisée. La prétendue «brutalité sans ménagement des dirigeants bolcheviques à l'égard de leur propre peuple» ? vraiment spéciaux, ces dirigeants brutaux qui arment et entraînent le peuple «opprimé» dans des milices populaires 

    Mettons-nous en quête de quelques explications logiques de la victoire soviétique.

    1925 | 1926
    1927 | 1928
    1929 | 1930
    1931 | 1932
    1933 | 1934
    1935 | 1936
    1937 | 1938
    1939
     

    Pourquoi les Soviets ont-ils battu les fascistes?
    >a< A partir de 1927, les soviétiques se sont préparés contre une nouvelle guerre mondiale

    Au milieu des années 20, les dirigeants soviétiques tiennent déjà sérieusement compte d'une nouvelle guerre mondiale. La première boucherie mondiale, en effet, n'a été que provisoirement suspendue sans avoir été vraiment terminée. Dans l'intervalle, à travers toute l'Europe, des régimes fascistes, particulièrement belliqueux, viennent au pouvoir, à commencer par Mussolini en Italie, le 30 octobre 1922. Dans le Premier Plan quinquennal (1928-1932), la défense de la jeune Union soviétique est une priorité absolue. 

    Le 30 janvier 1933, Hitler accède au pouvoir. Seule l'Union soviétique flaire le réel danger. L'Allemagne va exiger sa place impérialiste dans le monde en usant de violence. L'Union soviétique, en tant qu'ennemie principale de tous les fascistes, va devenir tôt ou tard la cible de ces barbares. 

    En 1935, l'Italie fasciste occupe l'Ethiopie. Les dirigeants soviétiques pensent que les puissances européennes vont désormais se réveiller. Ils proposent un système de sécurité collectif pour l'Europe. En vain. Jusqu'en 1941, l'Union soviétique va prendre des dizaines d'initiatives afin de construire un front de la paix contre les menaces de guerre fascistes. Les puissances capitalistes ne veulent rien entendre et espèrent, ouvertement ou en secret, que les nazis vont prendre l'Union soviétique comme première cible. N'oublions pas que, jusqu'en 1921, la Grande-Bretagne, la France, les USA et le Japon ont eux-mêmes tenté, en vain, de chasser les bolcheviks de la Russie.

    1939  
    Pourquoi les Soviets ont-ils battu les fascistes?
    >b< Le pacte Molotov-Ribbentrop a créé les possibilités de se préparer plus intensivement

    En août 1939, les plans définitifs de Hitler en vue de l'invasion de la Pologne sont connus partout. Staline lance une ultime tentative de constituer avec la France et la Grande-Bretagne un front contre l'Allemagne nazie. Les dirigeants russes savent que la Pologne représente un tremplin vers l'Union soviétique. C'est ce qu'espèrent Britanniques et Français. En septembre 1938, ils ont déjà offert en cadeau la Tchécoslovaquie aux nazis afin qu'ils puissent poursuivre plus facilement leur poussée vers l'Est. De plus, depuis mars 1938, l'Autriche a été annexée, sans protestation, au Reich allemand. Les puissances occidentales refusent toute collaboration, aussi minime soit-elle, avec les bolcheviks. 

    C'est à ce moment que s'offre aux Soviétiques l'occasion de conclure avec Hitler une pause qui leur permettra de respirer: le pacte sovieto-germanique de non-agression signé le 23 août 1939, appelé également pacte Molotov-Ribbentrop. Il ne s'agit pas d'un accord de collaboration ni d'un front, mais d'une sorte d'armistice: les deux pays ne prendront pas les armes l'un contre l'autre. 

    Le 28 août 1939, le Soviet suprême (parlement) de l'Union soviétique se réunit en session extraordinaire. A l'ordre du jour: l'approbation du pacte soviéto-germanique de non-agression ainsi qu'une loi qui introduit le service militaire général. Qui a dit que les Soviétiques s'étaient laissé endormir par le pacte? 

    Staline conclut le pacte tout en étant convaincu qu'une guerre avec l'Allemagne nazie sera inévitable, tôt ou tard. Mais, grâce à ce pacte, il peut arracher un certain nombre de concessions afin de se préparer à la future guerre. Il reçoit encore 21 mois de répit afin d'équiper le pays militairement et économiquement. Le pacte crée donc l'une des conditions de la victoire de l'Armée rouge sur les nazis. 


    Pour plus de détails, voir Lieven Soete, Het Sovjet-Duitse niet-aanvalspact van 23 augustus 1939, EPO, Anvers, 1989.

     
    Pourquoi les Soviets ont-ils battu les fascistes?
    >c< La force de mobilisation et d'endurance économique

    Le facteur matériel déterminant de la victoire des Soviétiques sur les fascistes a été la force de mobilisation et d'endurance économique. Les mesures stratégiques prises avant la guerre en ont jeté la base nécessaire, décisive: l'industrialisation et ses plans quinquennaux, que seule la collectivisation accélérée de l'agriculture a rendue possible. 
        Le démantèlement et le déplacement massif et rapide de la production vers des zones sûres, à partir de 1941, ainsi que l'énorme production d'armement accompagnée d'innovations déterminantes dans l'aéronautique, la construction de tanks et de lance-fusées auraient été impossibles sans les infrastructures nécessaires, les formations et les apports de capitaux, des mesures prises de nombreuses années avant la guerre. 

    Les prestations incroyables de l'ensemble du peuple soviétique, jusque dans les coins les plus reculés du pays, ont permis la victoire sur le fascisme. Les alliés occidentaux (Etats-Unis et Grande-Bretagne) tardant à ouvrir le «Deuxième Front» promis en Europe de l'Ouest, les Soviétiques se sont bien vite emparés de ce vocable pour désigner leur propre front industriel.

    1937 | 1938  

    Pourquoi les Soviets ont-ils battu les fascistes?
    >d< En 1937-38, la Cinquième colonne des fascistes en URSS est éliminée

    Le 26 mai 1937, le maréchal Toukhatchevski est arrêté en même temps qu'un groupe d'officiers supérieurs de l'Armée rouge. Le 12 juillet, on apprend la nouvelle de leur exécution. Ils sont accusés d'un complot, appuyé par l'Allemagne nazie, contre le pouvoir soviétique. Les cercles droitiers et fascistes confirment que semblable complot a bien eu lieu, visant la prise de pouvoir en Union soviétique. Le nom de Toukhatchevski est cité à tout moment.(2) 

    C'est le signal du départ d'une épuration dans toutes les sphères du pouvoir soviétique: l'armée, l'administration de l'Etat, l'économie et le Parti. Toutes les structures sont passées au crible afin de détecter l'infiltration possible d'agents fascistes et de provocateurs, ainsi que la bienveillance ou le laxisme de certains responsables vis-à-vis d'une telle menace. 

    Le résultat est que l'Union soviétique se débarrasse de fond en comble de ce qu'on appelle la «Cinquième colonne»: l'armée ennemie infiltrée. Il nous suffit de considérer le déroulement de la guerre en Belgique ou en France pour comprendre ce qui se serait passé en URSS sans ces épurations. Une partie considérables des militaires et des responsables de l'Etat refusent de combattre contre les fascistes et livrent ouvertement leur pays aux bourreaux, quand ils n'appellent pas ouvertement à la complicité et à la collaboration avec l'ennemi... 


    Nous renvoyons ici aux citations complètes et aux sources de Ludo Martens, Un autre regard sur Staline, EPO, Anvers, 1994, pp 188-204.

     
    Pourquoi les Soviets ont-ils battu les fascistes?
    >e< La supériorité du socialime sur le capitalisme

    La motivation et l'encadrement idéologique et politique par le Parti bolchevique a été déterminant pour arracher la victoire sur le fascisme. Depuis le début de la guerre, le mot d'ordre «les communistes doivent se trouver sur la ligne de feu» a également été appliqué à la lettre. 
        En juin 1941, lors de l'invasion des armées nazies, chaque comité provincial du Parti doit mettre dans les trois jours entre 500 et 3.000 communistes à la disposition de l'armée. En quelques jours, 95.000 membres du Parti vont être mobilisés, parmi lesquels 58.000 seront envoyés au front. 

    Le prestige du Parti croît énormément, au cours de la guerre. En 1943, le Parti compte 2,7 millions de membres et il y en a presque autant dans la section des jeunes du Komsomol, actif dans les forces de combat. 

    En février 1946, J. Staline établit le bilan de la guerre. 

    «La guerre a été une sorte d'examen pour notre régime soviétique, pour notre Etat, notre gouvernement, pour notre Parti communiste. Le socialisme a triomphé; ce système a traversé avec succès l'épreuve du feu et montré sa véritable force. Aujourd'hui, il est prouvé que le socialisme a plus de force vitale et de vigueur que les régimes sociaux qui n'ont pas été construits selon le système des soviets; qu'il est meilleur que n'importe quel système non soviétique.» (1) 

    (1). J.Staline, Oeuvres, Tome XVI, Paris, 1975, blz. 190-197
     
     
    1927   Plans quinquennaux et préparatifs de guerre

    Le 19 décembre 1927, la résolution du XVe Congrès du PCUS avance: 

    «Dans l'élaboration du Plan quinquennal, il convient d'envisager la possibilité d'une agression armée des puissances capitalistes contre l'Etat prolétarien. En particulier, il faut veiller à ce que chaque branche de l'économie, et surtout de l'industrie, qui joue un rôle crucial dans la sécurité, la défense et la stabilité économique du pays, se développe le plus rapidement possible.»
    L'historien allemand M. Von Bötticher relève que 
    «jusqu'à la fin des années 20, la stratégie de base pour la défense de l'Union soviétique était d'assurer la liaison entre le front et l'arrière du pays. Pas de réserves et d'efforts militaires directs de grande envergure, mais bien bâtir l'économie de façon telle qu'elle puisse être rapidement transformée en économie de guerre. Ç'avait été une leçon importante de la Première Guerre mondiale. Au début du Premier Plan quinquennal, c'est également cette idée qui prédomine. A partir de 1930, une nouvelle stratégie militaire commence à prévaloir: la nécessité d'être prêt avec une quantité suffisamment importante d'unités blindées mobiles, moderne, ainsi qu'une puissante force aérienne. Cela entraîna la nécessité de mettre davantage encore l'accent sur l'industrie lourde durant la phase d'industrialisation.»

    Stalinismus. Probleme der Sowjetgesellschaft zwischen Kollektivierung und Weltkrieg, Frankfurt, 1982, p.127.
     
     
    1940 | 1941   Des chars au lieu de tracteurs

    A.P. Linkov est ingénieur et travaille dans un bureau d'étude pour tracteurs. 

    «En 1940, notre institut a reçu pour mission d'étudier des chars au lieu de tracteurs. Au printemps 1941, en compagnie de mes collègues, j'ai présenté un projet qui s'est avéré du goût des généraux. On m'a envoyé à Tcheliabinsk, dans l'Oural, où l'on a transformé une usine de tracteurs en unité de production de chars. Fin 1941, le premier de ces chars sortait de l'usine.»

    Interview réalisée par Laura Starink dans le NRC-Handelsblad du 23 décembre 1989
     
     
    1930
    1941
      Dimitri Chostakovitch et les milices populaires

    En 1930, apparaissent les milices populaires -- les Osoaviakhim. Des clubs de sports et de loisirs organisent toutes sortes d'activités: lutte contre les incendies, liaisons radio, réparation d'avions et de moteurs, parachutisme, combat à la baïonnette, lancement de grenades Ces clubs deviennent les milices populaires. Ils sont financés par une loterie nationale. Chaque famille a au moins un de ses membres dans l'une ou l'autre section de ces clubs. 
        Un cas bien connu est celui du compositeur Dimitri Chostakovitch qui, dès le début du siège de Leningrad, ne veut bénéficier d'aucun traitement de faveur et occupe son poste de pompier volontaire sur les toits de sa ville. 


    Carter Dyson, L'Armée secrète de la Russie, 1945, p.110
     
     
    1931
    1942
      «Les Tchabaroviakssont là!»

    En 1931, lorsque le fascisme japonais envahit la Mandchourie (Chine), c'est le début de la guerre aux lointaines frontières orientales de l'Union soviétique. Les Japonais n'en seront définitivement chassés qu'en août 1945. 

    A la frontière, on construit un rideau défensif consistant en fortifications militaires qui sont également des fermes. Les soldats y séjournent avec toute leur famille et se chargent eux-mêmes de leur nourriture. Nous sommes au beau milieu de la grande campagne de collectivisation de l'agriculture. 

    En 1936, le corps des kolkhozes compte déjà 60.000 hommes d'active et 50.000 réservistes, soit 10 divisions. Lorsque, dès 1942, ces troupes seront engagées sur le front occidental, entre autres à Stalingrad, elles sèmeront la panique chez les nazis. Le cri de «Les Tchabaroviaks sont là!» -- le surnom donné par les Allemands à ces troupes de kolkhoziens -- suffit souvent, dans les rangs allemands, à faire sonner la retraite. 


    Témoignage de l'auteur allemand pronazi Paul Carell dans son ouvrage Opération Barberousse. La marche sur la Russie, 1963, pp.186-187.
     
     

      Est-ce qu'il y a des révélations importantes après l'implosion du système soviétique?

    Lorsque le socialisme a implosé, en Union soviétique, des historiens ont avidement spéculé sur le fait qu'on allait enfin savoir «toute la vérité» sur le communisme et surtout sur Staline. Les archives interdites allaient être accessibles et révéler des monceaux d'horreurs. Il y a dix ans de cela. Et jusqu'à présent, on n'a encore rien découvert de vraiment nouveau. Naturellement, on est en possession de nouveaux matériaux historiques, mais qui ne font que renforcer la crédibilité de Staline et des bolcheviks à propos de l'histoire de l'Union soviétique et de la Seconde Guerre mondiale. 

    C'est peut-être bien pour cette raison que l'idéologie fasciste concernant la Seconde Guerre gagne aussi vite du terrain. «Pour convaincre, point n'est besoin de prouver. Mentez, mentez encore et toujours et il en restera toujours bien quelque chose», disait Goebbels, diplômé en psychologie, en sociologie et en philosophie et chef de la propagande sous les nazis. 

    L'un des mensonges les plus coriaces prétend que Staline et les dirigeants soviétiques avaient été très surpris de l'attaque des nazis le 22 juin 1941 et qu'il avait fallu attendre de longues journées avant qu'une réaction organisée se déclenche. Que, durant ces précieuses heures, l'Armée rouge avait été livrée à son sort alors qu'il était impossible de toucher Staline, ivre mort dans sa propriété campagnarde. Nikita Khrouchtchev en personne a contribué à valider ce mensonge de légende dans son fameux rapport contre Staline, en 1956. 

    Une nouvelle source réfute ces faits pour la tantième fois.

    1941   Georgi Dimitrov sur Staline

    L'an dernier, le tome 1 du journal de Georgi Dimitrov-- couvrant la période de 1933 à 1943 -- a été publié pour la première fois. Jusqu'en 1989, l'ouvrage était demeuré sous scellés dans les archives du Parti Communiste de Bulgarie à Sofia. Il est particulièrement intéressant parce que Dimitrov était le dirigeant à Moscou du Komintern, l'Internationale communiste. Sa tâche consistait donc à entretenir les contacts avec les dirigeants des partis communistes du monde entier. Dans ses notes, on se rend compte également de l'ampleur des problèmes quand il s'agissait de mettre l'ensemble des partis communistes sur une seule et même ligne. C'était certainement le cas quand il s'agissait de situations pouvant évoluer très rapidement, comme le déroulement de la Seconde Guerre mondiale. 

    Voici, in extenso, la page tirée de son journal du 
    «22 juin 1941
    - Dimanche. 
    - A 7 heures du matin, je suis convoqué d'urgence au Kremlin. 
    - L'Allemagne a attaqué l'URSS. 
    - La guerre vient de commencer. 
    Dans l'antichambre, il y a Poskrebitchev, Timochenko, N. Kouznetsov, Metchlis (de nouveau en uniforme), Beria (qui, à plusieurs reprises, donne des ordres par téléphone). 
    - Dans le bureau de Staline, sont présents Molotov, Vorochilov, Kaganovitch et Malenkov
    - Staline, s'adressant à moi: 

    «Ils nous ont attaqués, sans poser la moindre condition, sans la moindre négociation, ils nous ont lâchement attaqués, comme des pirates. Après l'attaque, après le bombardement de Kiev, Sebastopol, Sjitomir et d'autres villes, Schulenburg est venu expliquer que l'Allemagne s'était sentie menacée par la concentration de troupes soviétiques à sa frontière orientale et qu'elle avait pris des mesures. Les Finlandais et les Roumains appuient les Allemands. Désormais, la Bulgarie prend à coeur les intérêts de l'Allemagne en URSS.»
    - Seuls les communistes peuvent battre les fascistes 
    - Ce qui surprend, c'est le calme, la détermination et la grande confiance en soi de Staline et de tous les autres. 
    - On rédige la déclaration gouvernementale que Molotov va lire à la radio. 
    - On distribue des ordres à l'armée et à la marine. 
    - On prend des mesures concernant la mobilisation et la situation de guerre. 
    - On prépare un séjour secret pour le Comité Central et les états-majors. 
    - «Les diplomates, dit Staline, doivent quitter Moscou et être transférés en un autre endroit, à Kazan, par exemple. -- Ici, ils peuvent espionner.» 

    - On discute de notre travail. Au début, le Komintern n'interviendra pas ouvertement. - Les partis locaux élaborent un mouvement afin de soutenir l'URSS. La question de la révolution socialiste n'est pas à l'ordre du jour. Le peuple soviétique mène une guerre patriotique contre l'Allemagne fasciste. Il s'agit de vaincre le fascisme qui tient en esclavage une série de peuples et qui entend également soumettre d'autres peuples 
    - Au Komintern, les secrétaires et membres responsables sont convoqués pour une réunion. On expose notre point de vie et les tâches qui s'imposent dorénavant. 
    - On envoie des instructions aux partis communistes en Amérique, en Angleterre, en Suède, en Belgique et en France, aux Pays-Bas, en Bulgarie, en Yougoslavie et en Chine. 
    - On décide d'une série de mesures organisationnelles. 
    - Nous avons déclaré que nous allions mobiliser toutes nos forces.» (1) 


    .Georgi Dimitrov (1882-1949): communiste bulgare. Arrêté par les nazis, à Berlin, le 9 mars 1933 sur l'accusation d'avoir incendié le Reichstag (le siège du parlement). Après un procès à Leipzig, suivi par le monde entier, Dimitrov est acquitté. En 1934, il émigre en Union soviétique. Le 6 novembre 1945, il retourne en Bulgarie libérée et devient chef du gouvernement. Il meurt le 2 juillet 1949 dans un sanatorium près de Moscou. .A. N. Poskrebitchev (1891-1965): dès 1919, il travaille à la Sûreté de l'Etat; membre du CC (Comité Central) du PCUS (Parti Communiste de l'Union Soviétique)
    .S. J. Timochenko (1895-1970): militaire, commissaire du peuple (ministre) pour la Défense de l'URSS
    .N. G. Kouznetsov (1902-1974): militaire, commissaire du peuple pour la Marine
    .L. S. Metchlis (1889-1953): sous-secrétaire du conseil des commissaires du peuple (conseil des ministres); responsable des commissaires politiques au sein de l'Armée rouge - d'où son uniforme .L. P. Beria (1899-1953): depuis novembre 1938, chef du NKVD (service de sûreté intérieure de l'Etat)
    .W. M. Molotov (1890-1986): chef du gouvernement et commissaire du peuple pour les Affaires étrangères; membre du politburo du PCUS
    .K. J. Vorochilov (1881-1969): militaire, commissaire du peuple pour l'Armée et la Marine
    .L. M. Kaganovitch (1893-1991): sous-secrétaire du conseil des commissaires du peuple; membre du politburo du PCUS
    .G. M. Malenkov (1901-1988): responsable de la formation des cadres au CC du PCUS; membre du politburo du PCUS; membre du Conseil de la Défense
    .F. W., comte von der Schulenburg (1875-1944): ambassadeur d'Allemagne à Moscou


    (1). Georgi Dimitroff, Tagebücher 1933-1943, Berlin, 2000, pp 392-393.
     
     

      Je m'appelle Zinaïda Tsarjowa

    «Lorsque la guerre a éclaté, j'avais huit ans. Dans notre village de Zavozerje, dans la région de Smolensk, il y avait une importante garnison d'Allemands. Ils s'étaient installés dans le plus grand b,timent du village. Mon frère et son copain ont mis le feu au bâtiment. Il y a eu une énorme panique parmi les Allemands lorsque les flammes se sont emparées du bâtiment. Beaucoup sont morts. Ils étaient furieux, ces Hitlériens, et voulaient se venger. Le copain de mon frère a été abattu sur place. Mais mon frère a réussi à se cacher dans les roseaux du lac. Il s'appelait Piotr, il avait 14 ans. 
        «Des traîtres sont allés raconter aux nazis que mon frère était là quand leur quartier général avait été incendié et que nous étions une famille de partisans. Notre famille comptait six enfants. La colère des Allemands s'est dirigée non seulement contre notre famille, mais aussi contre tout le village. Les femmes ont été obligées de creuser des tranchées. Les Allemands ont également fait irruption chez nous pour emmener ma mère. Mais elle était absente. Il n'y avait que nous, les enfants, à la maison -- sauf Piotr, évidemment. Un frère, d'un an moins aîné, a réussi à s'échapper par derrière la maison. J'étais l'aînée des quatre qui restaient. 
        «Nous devions être brûlés vifs, mes trois petits frères et moi. 
        «Et tous les autres. 
        (Pause) 
        «Avec brutalité, on nous a emmenés vers une grange commune où l'on avait entassé de la paille et du foin. Après nous, on y a amené les autres enfants du village. Et après cela, les femmes, quand elles ont eu terminé de creuser. Puis les vieillards. Les jeunes hommes étaient dans l'armée ou chez les partisans. 
        «Ils n'étaient pas pressés, ces salauds. Ils faisaient leur boulot tranquillement, comme il faut. Ils ont soigneusement encloué les portes et les fenêtres. Ils ont amené plusieurs réservoirs d'essence et ont aspergé les parois en bois de la grange. On pouvait entendre le bruit de l'essence qui coulait. Il y avait l'odeur, aussi. Nous savions ce qui nous attendait, parce qu'on savait ce qui s'était passé dans d'autres villages. La panique s'est emparée de nous, il y a eu des hurlements. On a lutté pour se tenir le plus loin possible des murs, tout en sachant bien qu'il était impossible de s'échapper. 
        «Lorsqu'ils ont jeté les allumettes enflammées contre les parois, il y a eu un grand woummm menaçant. Tout était très sec. Partout, ça s'est mis à flamber sur-le-champ, les murs, la paille, le foin. Et les gens. Savez-vous les gens peuvent brûler littéralement comme des torches? 
        (Pause) 
        «Les cris des gens en train de brûler glaçaient la moelle et les os. C'était plus atroce que le crépitement des flammes. C'est la porte qui a brûlé complètement la première. Elle est tombée et nous avons pu voir à l'extérieur. Tout le monde s'est précipité car c'était la porte de la vie. Mais dehors, les Allemands contemplaient la grange en train de flamber et ils écoutaient les crépitements des flammes et les cris des gens qui brûlaient vifs. Ils ont vu comment leurs victimes se précipitaient désespérément par cette ouverture et, au même moment, ils les abattaient. 
        «J'avais mon petit frère d'un an dans mes bras. Avec la panique et le chaos, j'ai été séparée de mes autres frères. Je me suis précipitée vers cette ouverture, moi aussi, avec mon frère. J'ai regardé autour de moi. Je pouvais voir mes deux autres frères. Ils vivaient encore, ils étaient au milieu de torches humaines qui trépignaient désespérément de douleur. Je leur ai crié de me suivre. Je ne pense pas qu'ils m'aient entendue. Ils n'auraient pas pu me suivre car, pour ce faire, ils auraient dû se frayer un chemin parmi les autres gens qui se précipitaient vers la porte. 
        «Les Allemands ont dû reculer. La chaleur devenait insupportable pour eux. Ne pouvaient-ils rien voir avec les flammes? N'avaient-ils plus de munitions pour leurs mitrailleuses? Du chemin de terre, ils ont commencé à balancer des grenades en direction de la porte ouverte. Il y en a une qui a explosé tout près de moi. J'étais blessée. Mais je ne sentais pour ainsi dire rien. La douleur des brûlures était bien plus vive que les blessures des éclats de grenade. 
        «Après, je ne sais plus ce qui s'est passé. Quand je me suis de nouveau rendu compte de la situation, j'étais près du petit cours d'eau qui longeait la grange. Automatiquement, j'ai réagi, poussée par le souci de rester en vie. J'ai sauté dans l'eau avec mon petit frère. J'ai entendu nos vêtements enflammés siffler au contact de l'eau quand nous nous y sommes enfoncés. 
        «Les Allemands ont attendu patiemment qu'il ne reste plus rien de la grande. Plus rien - ou plus personne. 
        «Plus rien de mes deux petits frères non plus.» 


    Extrait de Ludo van ECK, Met hun eigen ogen. Gesprekken met Sowjet-burgers die als kind de oorlog beleefden in Wit-Rusland, Leningrad, Stalingrad, Moskou (De leurs propres yeux. Entretiens avec des civils soviétiques qui, enfants, ont vécu la guerre en Biélorussie, à Leningrad, Stalingrad, Moscou), Louvain, 1990, pp 60-63.